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Profession: transporteur de mallettes de billets de banque |
Deux mille douze prévoit
être une année électorale mouvementée en
France. Chaque état major politique affûte son arme pour ne pas être le dernier
sur la scène. Tous les coups semblent permis. Me Robert Bourgi, du haut de son vieux
col calciné, a jeté le pavé dans la marre. En effet, l’éminent avocat français
affirme dans des déclarations à la presse, avoir été témoin actif entre 1995 et 2005, de transport de valises
pleines de billets de banque, qui lui auraient été remises par des présidents
africains en destinations d’hommes politiques français pour financer leurs
activités. D’énormes tapages médiatiques sont en cours actuellement sur ce
sujet. Dans la forme, le citoyen lambda au sud du Sahara n’en est pas ému outre
mesure. Celui ci est à présent préoccupé par la recherche de solutions pour
obtenir un mieux être quotidien. Comme on le dit chez nous à Abidjan, « lui
il fait rien avec ça ». Et puis; on sait tous qu’il est socialement admis sous
les tropiques qu’un président dispose d’un budget spécial qu’il peut « souverainement »
utiliser pour témoigner sa générosité à qui il veut et sans rendre compte à quiconque,
même si cet argent provient de la poche du contribuable. Mais dans le fond, un
petit retour en arrière dans la littérature attire notre attention sur le fait
que les indicateurs des principaux déterminants de la santé en Afrique subsaharienne, n’étaient pas du
tout reluisant dans la décennie 1995-2005 1.
Il est à noter aussi que dans la même période, sur l’ensemble des 53 états
membres de l’Union Africaine, seuls 6 ont vraiment honoré les engagements d’Abuja
2, à savoir allouer 15% ou
plus du budget de l’état au secteur de santé. Il s’agit du Rwanda (18.5%),
du Botswana (17.8%), du Niger (17.8%), du Malawi (17.1%), de la Zambie (16.4%)
et du Burkina Faso (15.8%). En outre, 32 des 53 états membres de l’Union
Africaine investissent toujours moins de 20 dollars US par tête d’habitant dans
le secteur de la santé, soit moins de la moitié des 40 dollars US recommandés
par l’OMS. Jusqu’en 2010, aucun pays de la France Afrique cités dans
l’affaire Bourgi n’était en voie d'atteindre un Objectif-santé du Millénaire pour le Développement.
A ce propos, pour l’objectif 4A (qui est de réduire de deux tiers, le taux de mortalité
chez les enfants de moins de 5 ans, entre 1990 et 2015) malgré les progrès
réalisés, on continue de constater que dans certains pays africains, le taux de
mortalité des enfants de cette tranche d’âge est encore supérieur à 200
décès pour 1000 naissances d’enfant
vivants par rapport à d’autres pays en développement comme la Thaïlande, le
Chili et Cuba où ce taux est inférieur ou égal à 10 décès pour 1000 naissances
d’enfants vivants 3. Cette analyse faite, on se
demande bien quel est le problème. N’y a t-il pas d’argent ? En réalité ce
qu’il n’y a pas, c’est la volonté politique dans la prise de décisions pour la
gestion des secteurs vitaux comme la santé et le social. Si les « allégations-sans-preuves »
de Me Robert Bourgi sont avérées, il sera difficile de comprendre qu’un flux financier aussi
important (20 millions de dollars US) se fasse du Sud traditionnellement demandeur vers le Nord habituellement donateur,
ce que nous n’avons pas l’habitude de voir. Or donc les pays de la France Afrique ont du fric.
Nous en appelons à la prise de conscience des organisations de la société
civile africaine sur les problèmes concernant les secteurs de la santé et du social. Nous
recommandons également leur implication très très « activiste » - modèle ACT UP pour le VIH/sida-, afin d’influencer
les instances de prise de décision. Car comme le dit l’autre dans la
chanson : « no one but ourselves can save our life ».
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1. http://www.who.int/whosis/whostat/whostat2005en.pdf
(visité le 26 septembre 2011)
2. Africa Public
Health Alliance & 15%+ Campaign, http://www.who.int/pmnch/media/membernews/2010/20100721_africanunion_pr/en/index.html (visité le 26 septembre 2011)
3. Note
d’information : 10 ans après « l’engagement d’Abuja » d’allouer
15% des budgets nationaux à la santé, http://www.uneca.org/cfm/2011/documents/French/InformationNote10Years-after-theAbujaCommitmentFR.pdf
(visité le 26 septembre 2011)