mercredi 23 novembre 2016

SYMPOSIUM MONDIAL SUR LA RECHERCHE SUR LES SYSTEMES DE SANTE, PASSER DES PRINCIPES DE VANCOUVER A LA PRATIQUE DANS DES DISTRICTS D'AFRIQUE SUB-SAHARIENNE


Le quatrième symposium Mondial de la recherche sur les systèmes de santé a eu lieu à Vancouver (Canada) du 14 au 18 novembre 2016. Le thème était « Résilience et réactivité des systèmes de santé dans un monde en changement ». Un point clé de ce symposium est la place accordée aux populations minoritaires.

Résilience et réactivité des systèmes de santé : c’est quoi ?
Pour moi, la résilience des systèmes de santé est sa capacité à pouvoir faire face aux besoins des populations et à des défis émergents. Il s’agit d’offrir des soins centrés sur le patient, la famille voire la communauté pour réduire au minimum la morbidité et la mortalité évitables. La résilience va donc au-delà de la disponibilité des ressources et de l’accès aux soins pour prendre en compte les adaptations nécessaires tant structurelles qu’organisationnelles requises pour lever les défis et les barrières et garantir la couverture universelle aux soins et services de santé de qualité.
De plus, la résilience va également au-delà du renforcement du système de santé qui est le renforcement des différents niveaux de capacités des systèmes de santé – intrants ; compétences et aptitudes ; infrastructures et personnels ; capacité structurelle, systémique et de rôle.
La réactivité est selon l’OMS (2000) dans son rapport sur la Santé dans le Monde sa capacité à répondre aux attentes de la population. La réactivité comprend deux grands volets: a) le respect de la personne (dignité, confidentialité et autonomie des personnes et des familles concernant les décisions relatives à leur propre santé); et b) attention accordée au client (rapidité de la prise en charge, accès aux réseaux d'aide sociale pendant les soins, qualité de l'environnement et choix du prestataire).
Résilience et réactivité des systèmes de santé : un mythe ?
Pour certains lecteurs, en particulier ceux qui vivent dans les pays à faible revenu en général et en Afrique sub-saharienne en particulier, ces définitions les laisseront perplexes quand ils vont comparer leurs relations avec leurs systèmes de santé et ces critères requis pour un système de santé de qualité. En effet, ils vivent dans des contextes marqués par de fréquentes épidémies, des maladies infectieuses endémiques (paludisme, tuberculose, VIH/sida, infections respiratoires et diarrhéiques) et de maladies chroniques non transmissibles (diabète, hypertension, cancers…). Celles-ci aboutissent à une forte morbidité et mortalité qu’un système de santé fort, résilient ou réactif aurait dû prévenir et/ou traiter. En effet, les enfants meurent de paludisme, de diarrhée ou de maladies respiratoires. Dans certains pays d’Afrique sub-saharienne, moins de 10% d’enfants infectés par le VIH ont accès au traitement et de fréquentes ruptures en approvisionnement en antirétroviraux limitent la compliance au traitement de ceux qui en ont accès. Les femmes enceintes n’ont pas à accès aux soins de qualité pour réduire la mortalité maternelle. Enfin, les maladies chroniques sont en recrudescence sans que les systèmes de santé soient préparés pour les prendre en charge.
Résilience et réactivité des systèmes de santé : y a-t-il une lueur d’espoir ?
La réponse à cette question est difficile si l’on veut éviter d’être pessimiste. Mais on peut se rendre aussi compte que l’optimisme pourrait avoir des limites. Toutefois, il y a un chemin à parcourir pour arriver à ce stade où les besoins et les attentes des populations sont couverts. Au début, il y a des choses parfois très simples que les systèmes de santé doivent mettre en œuvre et qui n’exigent pas trop de moyens. Ce sont les mesures préventives et promotionnelles. Ces interventions vont au-delà du système de santé pour inclure tous les autres secteurs apparentés. Il s’agit par exemple de garantir l’hygiène et l’assainissement, la sécurité alimentaire, le développement urbain et rural, l’accès à l’éducation et à l’emploi. La mise en œuvre effective de ces interventions permet de progresser et d’avancer sur le chemin de la résilience. Et pour ces interventions, les pays riches et pauvres peuvent le faire si une prise de conscience et un engagement politique sont faits pour allier tous les gestionnaires des services publics et privés dans cette perspective d’amélioration des conditions de vie des populations.
Il s’agit en définitive de mettre le bien-être des populations au centre de toutes les politiques publiques. Cela est donc possible. Pour cela, il faudrait de la volonté politique pour mettre en place des mécanismes de redevabilité et de contrôle social. Celles-ci permettent que les populations, bénéficiaires d’abord adoptent des comportements et des pratiques responsables. Ensuite, que les gestionnaires soient redevables auprès des populations pour que les services privés et publics soient à finalité publique c’est-à-dire garantissent une gestion efficiente du bien public.
Des systèmes de santé locaux forts, une précondition pour la résilience et la réactivité des systèmes de santé
Il est difficile de parler des systèmes de santé résilients si au niveau de chaque village, commune ou unité administrative, les structures sanitaires ne prennent pas en compte les minorités, les populations d’accès difficile, les pauvres et autres groupes à risque. L’évaluation nationale par des évaluations d’impact, des enquêtes démographiques et de santé ou des enquêtes ménages aboutissent à des moyennes parfois satisfaisantes. Des conclusions sont souvent positives comme l’atteinte de l’Objectif fixé. Mais ces conclusions cachent des iniquités, des discriminations et des exclusions de l’accès aux soins. Il est donc important que les évaluations soient désagrégées sur des systèmes locaux de santé. La notion d’intersectionnalité dans la pratique et les politiques est fondamentale pour désagréger les données nationales sur des groupes de populations (sexe, âge, religion, ethnies…) et des systèmes de santé locaux. La connaissance des inégalités permettrait d’adapter à  chaque groupe spécifique et à chaque système local de santé les approches pour répondre localement aux besoins des populations.
En conclusion
Il reste encore un long chemin à parcourir pour arriver à des systèmes de santé résilients et réactifs dans plusieurs pays à faible revenu et en Afrique sub-saharienne en particulier. Mais, cela est possible d’appliquer les principes issus du Symposium de Vancouver à tous les systèmes locaux de santé. Mais, dans de nombreux pays d’Afrique sub-saharienne, les conditions ne sont pas encore réunies pour y arriver dans un avenir proche. En effet, les interventions des organisations internationales détournent et orientent malheureusement les systèmes de santé vers la réponse aux maladies qu’à la transformation des systèmes de santé pour répondre aux besoins des populations.
La prise de conscience est requise pour réorienter les systèmes de santé vers la recherche du bien-être effectif des populations. Elle passe et ne pourrait passer que par une appropriation, une mise en œuvre des interventions et la recherche de la résilience par tous les détenteurs d’enjeux au niveau des systèmes locaux de santé.

Par Basile Keugoung, MD, MPH, PhD

lundi 3 octobre 2016

LE SIMS 2.0, UN SYSTÈME DE MONITORAGE POUR LE SUIVI ET AMÉLIORATION DE LA QUALITÉ DE L’OFFRE DES SERVICES VIH/SIDA. QU’EN EST-IL DE SON UTILISATION SUR LE TERRAIN ?

Le PEPFAR constitue la pierre angulaire de l’Initiative Présidentielle de Santé Mondiale (« Global Health Initiative » ou GHI), qui a engagé 63 milliards de dollars sur six ans pour soutenir les pays partenaires dans l’amélioration et l’expansion de l’accès aux services de santé. La vision ultime étant de créer une génération sans sida à travers les trois axes stratégiques que sont : (i) Pérennisation et Responsabilité partagée ; (ii) Qualité, Surveillance, Transparence, et redévabilité pour l’impact et enfin (iii) Accélération d’interventions clés pour le contrôle de l’épidémie.
De ce fait, tous les sites et toutes les organisations qui bénéficient d’un soutien de ce programme  doivent être intégrés dans un processus d’amélioration continue de la qualité à travers un nouveau système de monitorage, appelé « Site Improvement through Monitoring System ou SIMS 2.0 ». Ce nouvel outil, remplace le Site Monitoring System ou SMS, qui était utilisé jusqu’en 2014. Le SIMS 2.0 a pour but essentiel d’accroître l’impact du  programme PEPFAR sur l’épidémie du VIH à travers un suivi standardisé de la qualité des services au niveau des établissements sanitaires et dans la communauté quelque soit le domaine programmatique soutenu.
Ce système permet d’une part, de mettre l’accent sur le principe de la redévabilité  entre les acteurs du programme PEPFAR et d’autre part de donner implicitement une idée de la qualité de l’assistance technique que les points d’offre de services reçoivent des partenaires de mise en œuvre (PMO) et/ou de l’équipe pays du PEPFAR. Ainsi, il donne une meilleure compréhension de la qualité du programme du PEPFAR au point d’offre de service, au sein d’une aire géographique donnée.
En pratique chaque site ou organisation bénéficiant de l’appui du PEPFAR reçoit la visite d’une équipe pays de cette institution au moins une fois par an. L’équipe applique l’outil d’évaluation SIMS 2.0 à la structure, service par service et activité par activité. L’opération se termine par l’attribution d’un score global en pourcentage. Les partenaires de mise en œuvre qui soutiennent le site ou l’organisation, ont dans leur cahier de charge la « mise à niveau » de ces structures. Ces PMO pourront être  jugés  par l’équipe pays du PEPFAR en fonction du score obtenu par le site visité, et cela pourra conditionner la reconduite du contrat qui garanti l’attribution des financements pour les années suivantes à ce PMO. On peut affirmer sans se tromper que l’enjeu pour les PMO semble être désormais d’avoir de bons scores aux visites d’évaluation SIMS pour s’assurer de la reconduite de leur financement. Ainsi on est amené à se demander si les résultats issus de cette activité d’évaluation reflètent réellement la réalité. Est-ce qu’une vraies « mise à niveau » des sites et organisations est faite ? N’est ce pas juste pour faire du saupoudrage et avoir bonne figure aux yeux de l’équipe pays PEPFAR?

Par ailleurs l’outil, dans sa forme actuelle semble faire la promotion du respect des standards nationaux et internationaux car il s’adapte à la réalité du système de santé en place dans le pays. Son application sur le terrain implique les équipes issues des parties prenantes étatiques nationales. Par ailleurs, il est important de retenir que les premiers utilisateurs au niveau le plus décentralisé du système de santé doivent être impliqués dans le processus de conception et de validation des outils de monitorage des activités sanitaires.

Toute analyse faite, il ressort que  le défi à relever ici reste l’appropriation effective de cet outil par les autorités sanitaires des pays et de sa probable utilisation dans le monitorage de l’ensemble des entités du système santé nationale. Cela pourrait constituer une ébauche de solutions à l’obstacle de la fragmentation des outils  d’évaluation et de mise à niveau efficiente des systèmes de santé.

Bangaly Doumbouya 

samedi 26 mars 2016

RÉFORME DU SYSTÈME D'INFORMATION SANITAIRE EN CÔTE D'IVOIRE, QUELLES LEÇONS SUR LA CAPACITATION DES ACTEURS DÉCENTRALISÉS

CONTEXTE

     Création d’un SIG en côte d’ivoire
      En 1995 avec l’appui de la coopération françaises (CF) et canadienne (ACDI) mais seulement données  de routine des ES, pas les programmes verticaux.
1ère réforme 
1995-1999 : création d’un SIG unique, qui intègre et les données de routine des ES et des programmes verticaux.
2ème réforme 
      2005-2007 : introduction de nouveaux indicateurs du VIH/sida et de la TB;
      intégration de nouveaux logiciels.  (PEPFAR, fonds mondial)
3ème réforme 
      Depuis 2013 : introduction du logiciel DHIS2 par le MSLS avec l’appui de MEASURE EVALUATION.

Qu’est ce que le DHIS2?

      DHIS 2 : logiciel libre développé par l’Université d’Oslo en 1994. Il est conçu et utilisé pour la saisie, l’analyse, la diffusion et l’évaluation de données pour de nombreux programmes de santé.
DHIS 2 est un entrepôt de données conçu pour stocker les données de santé essentielles et ainsi favoriser l’information pour l’action.


LECONS APPRISES DE LA REFORME DU SIS CIV

I. Ressources humaines
Renforcement des capacité des acteurs décentralisés (comment?)
  1. Analyse situationnelle
     Identifier les besoins en renforcement
     Planifier les activités de renforcement
  1. Organisation de sessions de formation théorique et pratiques
  2. Organisation des sessions de coaching sur site
  3. Supervision des acteurs sur l’utilisation du DHIS 2
Evaluation du processus de renforcement de capacité des acteurs


II. Ressources matériels
      Réhabilitation d’infrastructures (bureau, salle de travail…)
      Acquisition d’équipements et meubles
      Acquisition d’outils informatiques ( PC, mobile, applications  androïdes…)
Déploiement de Logiciels nouveaux : DHIS2


III. Disponibilité de l’information: Temps, la  distance et la mobilité
      Déploiement du SIS jusque dans les communautés et centres de santé
      Réduction le nombre de formulaires papier
      Accès immédiat au niveau national aux données  saisies localement
      Partage de l’information critique
      Renforce les réseaux de santé et améliore la communication


CONCLUSION

Des points à retenir:

Nécessité d’évaluer constamment le SIG d’un pays afin d’améliorer la performance de sa qualité

La dernière reforme du SIG de la Côte d’Ivoire a  permis à celui-ci de s’inscrire au cœur des TICs, et aussi de permettre d’améliorer la capabilisation des acteurs au niveau décentralisé.

En perspective, il faudra travailler pour obtenir un SIG véritablement défragmenté en côte d’Ivoire.