Auteur:
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Enfant en consultation de psychologie |
Madame MOH SEMDE Corinne
Psychologue Clinicienne
ONG Aconda vs côte d'ivoire
Le VIH/sida est une pathologie
qui affecte le corps dans toutes ses composantes : somatique,
psychologique et sociale. Au niveau du vécu psychologique, un certain nombre
d’effets consécutifs au VIH vont prendre naissance. Des remaniements
psychologiques importants vont se faire chez la PVVIH ce qui va générer pour certains,
des comportements traduisant un mal être. En fonction du type de population, des
fonctionnements psychologiques des
individus, les interventions des
psychologues varient. Le VIH/sida aussi bien chez l’adulte homme ou femme,
l’adolescent et l’enfant vient bousculer
les habitudes.
1. Les adultes vivant avec le VIH
1.1 Traumatisme de l’annonce et gestion du
secret
La révélation du diagnostic VIH
est à l'origine d'un traumatisme pour soi même et pour l’entourage. La
connaissance du statut de la mère ou du père initie parfois le test de
sérologie VIH des enfants accroissant
ainsi l'angoisse. Même attendue, l'annonce est toujours un choc qui rend réel
ce en quoi on ne voulait pas croire.
Elle cause un profond
remaniement psychologique chez la personne par rapport à ses croyances, son
vécu quotidien, ses projets de vie.
L’annonce doit toujours être
participative : informer et écouter permet l’expression des préoccupations.
1.2 Angoisse/Dépression
L’angoisse du malade chronique
qui voit se succéder les affections qui rendent la PVVIH dépendante de son
entourage ouvrant ainsi la voie à l’infantilisation, la dévalorisation, la perte
de l’estime de soi.
Cette angoisse revêt différentes formes :
l’angoisse de mort aussi bien chez la personne concernée que chez l’entourage,
l’angoisse de séparation qui entraine vis-à-vis des proches des comportements
d’évitements et de repli sur soi. La PVVIH ne se projette plus
dans le futur et connaît une mort
psychologique et sociale.
1.3 Observance
L’observance au traitement
s’inscrit dans le temps. Celle ci est soumise à l’adhésion des patients
conditionnée à son tour par : la croyance en son efficacité, la capacité à
faire face aux effets secondaires source d'inquiétude quand on sait que pris à
long terme certains médicaments peuvent entrainer des
maladies métaboliques, des neuropathies, la pancréatite, les lipodystrophies,
les hyperpigmentations de la peau et des phanères et des téguments…
Les aménagements indispensables
des habitudes et du cadre de vie (familial, professionnel et social) contribuent à
une bonne observance.
2. Enfants et adolescents vivant avec le VIH
Chez les enfants et les adolescents vivant avec le VIH, au-delà des premières années, l'infection prend un caractère chronique qui joue forcement un rôle perturbateur dans leur développement psycho affectif et intellectuel (Blanche, 1998).
L’enfant malade nous renvoie à voir
une mère culpabilisante qui n’a pas pu
protéger son enfant du virus. Ce contexte dépressif est celui dans lequel
l'enfant va se développer. Les difficultés psychologiques de l'enfant sont donc perceptibles.
Au niveau de la famille, La mère peut se retrouver seule parce qu'elle n'a
pas informé le père. La famille peut également se replier sur elle par peur
d’exposer la maladie de l’enfant à l’entourage et par ricochet, s’exposer
elle-même. Dans ce contexte le père reste un soutien essentiel à la mère pour l’équilibre de la famille. Les adolescents infectés par le VIH
se retrouvent quant à eux, dans des difficultés particulières que le VIH vient
exacerber (Aka Dago-Akribi, Cacou, 2004). La pathologie du sida touche le système biologique et affectif de l'adolescent
déjà en crise et cela le perturbe profondément. Chez les adolescents, le développement du corps n'est pas toujours en
adéquation avec l'âge. On note un retard staturo-pondéral (taille, poids, caractères sexuels
secondaires, survenue des règles, etc.) source de complexes et de mal être
particulièrement réducteur (Blanche, 1998).
L’image du corps est atteinte. L’adolescent vit entre culpabilité et angoisse. Dans son comportement transparait l’agressivité, la révolte à l’autorité, les
comportements marginaux (le vol, l’alcool, la cigarette…), le refus de prendre
les médicaments.
Lorsqu’il n’est pas informé, la tâche est très complexe. L’adolescent vit une ambivalence entre la connaissance du
statut et le secret. La méfiance s’installe vis-à-vis des parents et de l’équipe
soignante. Tout ceci faisant le lit à l’angoisse
et à la dépression agissant sur la prise en charge et les projets de vie.
Conclusion
Que l’on soit adulte, adolescent ou enfant, nous avons des problématiques
communes au VIH : annonce, angoisse, dépression, observance et la
déstructuration familiale interagissent sur le vécu quotidien de la PVVIH. Il est donc nécessaire dans ce suivi de longue durée de prendre en compte
outre les aspects médicaux, la pluridisciplinarité des interventions dont l’intervention
psychologique. Les spécificités du point de vue psychologique et la
prise en compte des aspects psychologiques permettent un soutien effectif et
ciblé pour améliorer son vécu garantissant une bonne qualité de vie.
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- Aka Dago-Akribi L-H., Cacou Adjoua M-C., « Psychosexual development among HIV- positive adolescents in Abidjan , Ivory Coast ». Reproductive Health Matters 12 (23): 1-10, 2004.
- Blnche S. L'infection à VIHH de la mère à l'enfant Paris, Flammarion Médecine-Sciences, 1998.
- Hortense, A. D. A. (2007). Enfant et VIH : du somatique au psychologique. Expériences à Abidjan, Côte d’Ivoire. Face-A-Face, 10(Regards sur la santé).